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L´Abbesse De Castro by Stendhal

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L´Abbesse De Castro by Stendhal


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L'Abbesse De Castro by Stendhal 1783-1842


Language : French


Le mlodrame nous a montr si souvent les brigands italiens du seizime sicle, et tant de gens en ont parl sans les connatre, que nous en avons maintenant les ides les plus fausses. On peut dire en gnral que ces brigands furent l'opposition contre les gouvernements atroces qui, en Italie, succdrent aux rpubliques du Moyen Age. Le nouveau tyran fut d'ordinaire le citoyen le plus riche de la dfunte rpublique et, pour sduire le bas peuple, il ornait la ville d'glises magnifiques et de beaux tableaux. Tels furent les Polentini de Ravenne, les Manfredi de Faenza, les Riario d'Imola, les Cane de Vrone, les Bentivoglio de Bologne, les Visconti de Milan, et enfin, les moins belliqueux et les plus hypocrites de tous, les Mdicis de Florence. Parmi les historiens de ces petits Etats, aucun n'a os raconter les empoisonnements et assassinats sans nombre ordonns par la peur qui tourmentait ces petits tyrans; ces graves historiens taient leur solde. Considrez que chacun de ces tyrans connaissait personnellement chacun des rpublicains dont il savait tre excr (le grand-duc de Toscane, Cme, par exemple, connaissait Strozzi), que plusieurs de ces tyrans prirent par l'assassinat, et vous comprendrez les haines profondes, les mfiances ternelles qui donnrent tant d'esprit et de courage aux Italiens du seizime sicle, et tant de gnie leurs artistes. Vous verrez ces passions profondes empcher la naissance de ce prjug assez ridicule qu'on appelait l'honneur, du temps de madame de Svign, et qui consiste surtout sacrifier sa vie pour servir le matre dont on est n le sujet et pour plaire aux dames. Au seizime sicle, l'activit d'un homme et son mrite rel ne pouvaient se montrer en France et conqurir l'admiration que par la bravoure sur le champ de bataille ou dans les duels; et, comme les femmes aiment la bravoure et surtout l'audace, elles devinrent les juges suprmes du mrite d'un homme. Alors naquit l'esprit de galanterie, qui prpara l'anantissement successif de toutes les passions et mme de l'amour, au profit de ce tyran cruel auquel nous obissons tous: la vanit. Les rois protgrent la vanit et avec grande raison: de l l'empire des rubans.

En Italie, un homme se distinguait par tous les genres de mrite, par les grands coups - d'pe comme par les dcouvertes dans les anciens manuscrits: voyez Ptrarque, l'idole de son temps; et une femme du seizime sicle aimait un homme savant en grec autant et plus qu'elle n'et aim un homme clbre par la bravoure militaire. Alors on vit des passions, et non pas l'habitude de la galanterie. Voil la grande diffrence entre l'Italie et la France, voil pourquoi l'Italie a vu natre les Raphal, les Giorgione, les Titien, les Corrge, tandis que la France produisait tous ces braves capitaines du seizime sicle, si inconnus aujourd'hui et dont chacun avait tu un si grand nombre d'ennemis.

Je demande pardon pour ces rudes vrits. Quoi qu'il en soit, les vengeances atroces et ncessaires des petits tyrans italiens du Moyen Age concilirent aux brigands le coeur des peuples. On hassait les brigands quand ils volaient des chevaux, du bl, de l'argent, en un mot, tout ce qui leur tait ncessaire pour vivre; mais au fond le coeur des peuples tait pour eux; et les filles du village prfraient tous les autres le jeune garon qui, une fois dans la vie, avait t forc d'andar' alla machina, c'est--dire de fuir dans les bois et de prendre refuge auprs des brigands la suite de quelque action trop imprudente.

De nos jours encore tout le monde assurment redoute la rencontre des brigands; mais subissent-ils des chtiments, chacun les plaint. C'est que ce peuple si fin, si moqueur, qui rit de tous les crits publis sous la censure de ses matres, fait sa lecture habituelle de petits pomes qui racontent avec chaleur la vie des brigands les plus renomms. Ce qu'il trouve d'hroque dans ces histoires ravit la fibre artiste qui vit toujours dans les basses classes, et, d'ailleurs, il est tellement las des louanges officielles donnes certaines gens, que tout ce qui n'est pas officiel en ce genre va droit son coeur. Il faut savoir que le bas peuple, en Italie, souffre de certaines choses que le voyageur n'apercevrait jamais, vct-il dix ans dans le pays. Par exemple, il y a quinze ans, avant que la sagesse des gouvernements n'et supprim les brigands*, il n'tait pas rare de voir certains de leurs exploits punir les iniquits des gouverneurs de petites villes. Ces gouverneurs, magistrats absolus dont la paye ne s'lve pas plus de vingt cus par mois, sont naturellement aux ordres de la famille la plus considrable du pays, qui, par ce moyen bien simple, opprime ses ennemis. Si les brigands ne russissaient pas toujours punir ces petits gouverneurs despotes, du moins ils se moquaient d'eux et les bravaient, ce qui n'est pas peu de chose aux yeux de ce peuple spirituel. Un sonnet satirique le console de tous ses maux, et jamais il n'oublia une offense. Voil une autre des diffrences capitales entre l'Italien et le Franais.
* Gasparone, le dernier brigand, traita avec le gouvernement en 1826; il est enferm dans la citadelle de Civita-Vecchia avec trente-deux de ses hommes. Ce fut le manque d'eau sur les sommets des Apennins, o il s'tait rfugi, qui l'obligea traiter. C'est un homme d'esprit, d'une figure assez revenante.

Au seizime sicle, le gouverneur d'un bourg avait-il condamn mort un pauvre habitant en butte la haine de la famille prpondrante, souvent on voyait les brigands attaquer la prison et essayer de dlivrer l'opprim. De son ct, la famille puissante, ne se fiant pas trop aux huit ou dix soldats du gouvernement chargs de garder la prison, levait ses frais une troupe de soldats temporaires. Ceux-ci, qu'on appelait des bravi, bivaquaient dans les alentours de la prison, et se chargeaient d'escorter jusqu'au lieu du supplice le pauvre diable dont la mort avait t achete. Si cette famille puissante comptait un jeune homme dans son sein, il se mettait la tte de ces soldats improviss.

Cet tat de la civilisation fait gmir la morale, j'en conviens; de nos jours on a le duel, l'ennui, et les juges ne se vendent pas; mais ces usages du seizime sicle taient merveilleusement propres crer des hommes dignes de ce nom.

Beaucoup d'historiens, lous encore aujourd'hui par la littrature routinire des acadmies, ont cherch dissimuler cet tat de choses, qui, vers 1550, forma de si grands caractres. De leur temps, leurs prudents mensonges furent rcompenss par tous les honneurs dont pouvaient disposer les Mdicis de Florence, les d'Este de Ferrare, les vice-rois de Naples, et Un pauvre historien, nomm Giannone, a voulu soulever un coin du voile; mais, comme il n'a os dire qu'une trs petite partie de la vrit, et encore en employant des formes dubitatives et obscures, il est rest fort ennuyeux, ce qui ne l'a pas empch de mourir en prison quatre-vingt-deux ans, le 7 mars 1758.

La premire chose faire, lorsque l'on veut connatre l'histoire d'Italie, c'est donc de ne point lire les auteurs gnralement approuvs; nulle part on n'a mieux connu le prix du mensonge, nulle part, il ne fut mieux pay*.
* Paul Jove, vque de Cme, l'Artin et cent autres moins amusants, et que l'ennui qu'ils distribuent a sauvs de l'infamie, Robertson, Roscoe, sont remplis de mensonges. Guichardin se vendit Cme Ier, qui se moqua de lui. De nos jours, Colletta et Pignotti ont dit la vrit, ce dernier avec la peur constante d'tre destitu, quoique ne voulant tre imprim qu'aprs sa mort.

Les premires histoires qu'on ait crites en Italie, aprs la grande barbarie du neuvime sicle, font dj mention des brigands, et en parlent comme s'ils eussent exist de temps immmorial. (Voyez le recueil de Muratori l.) Lorsque, par malheur pour la flicit publique, pour la justice, pour le bon gouvernement, mais par bonheur pour les arts, les rpubliques du Moyen Age furent opprimes, les rpublicains les plus nergiques, ceux qui aimaient la libert plus que la majorit de leurs concitoyens, se rfugirent dans les bois. Naturellement le peuple vex par les Baglioni, par les Malatesti, par les Bentivoglio, par les Mdicis, et, aimait et respectait leurs ennemis. Les cruauts des petits tyrans qui succdrent aux premiers usurpateurs, par exemple, les cruauts de Cme, premier grand-duc de Florence, qui faisait assassiner les rpublicains rfugis jusque dans Venise, jusque dans Paris, envoyrent des recrues ces brigands. Pour ne parler que des temps voisins de ceux o vcut notre hrone, vers l'an 1550, Alphonse Piccolomini, duc de Monte Mariano, et Marco Sciarra dirigrent avec succs des bandes armes qui, dans les environs d'Albano, bravaient les soldats du pape alors fort braves. La ligne d'opration de ces fameux chefs que le peuple admire encore s'tendait depuis le P et les marais de Ravenne jusqu'aux bois qui alors couvraient le Vsuve. La fort de la Faggiola, si clbre par leurs exploits, situe cinq lieues de Rome, sur la route de Naples, tait le quartier gnral de Sciarra, qui, sous le pontificat de Grgoire XIII, runit quelquefois plusieurs milliers de soldats. L'histoire dtaille de cet illustre brigand serait incroyable aux yeux de la gnration prsente, en ce sens que jamais on ne voudrait comprendre les motifs de ses actes. Il ne fut vaincu qu'en 1592. Lorsqu'il vit ses affaires dans un tat dsespr, il traita avec la rpublique de Venise et passa son service avec ses soldats les plus dvous ou les plus coupables, comme on voudra. Sur les rclamations du gouvernement romain, Venise, qui avait sign un trait avec Sciarra, le fit assassiner, et envoya ses braves soldats dfendre l'le de Candie contre les Turcs. Mais la sagesse vnitienne savait bien qu'une peste meurtrire rgnait Candie, et en quelques jours les cinq cents soldats que Sciarra avait amens au service de la rpublique furent rduits soixante-sept.

Cette fort de la Faggiola, dont les arbres gigantesques couvrent un ancien volcan, fut le dernier thtre des exploits de Marco Sciarra. Tous les voyageurs vous diront que c'est le site le plus magnifique de cette admirable campagne de Rome, dont l'aspect sombre semble fait pour la tragdie. Elle couronne de sa noire verdure les sommets du mont Albano.

C'est une certaine irruption volcanique antrieure de bien des sicles la fondation de Rome que nous devons cette magnifique montagne. A une poque qui a prcd toutes les histoires, elle surgit au milieu de la vaste plaine qui s'tendait jadis entre les Apennins et la mer. Le Monte Cavi, qui s'lve entour par les sombres ombrages de la Faggiola, en est le point culminant; on l'aperoit de partout, de Terracine et d'Ostie comme de Rome et de Tivoli, et c'est la montagne d'Albano, maintenant couverte de palais, qui, vers le midi, termine cet horizon de Rome si clbre parmi les voyageurs. Un couvent de moines noirs a remplac, au sommet du Monte Cavi, le temple de Jupiter Frtrien, o les peuples latins venaient sacrifier en commun et resserrer les liens d'une sorte de fdration religieuse. Protg par l'ombrage de chtaigniers magnifiques, le voyageur parvient, en quelques heures, aux blocs normes que prsentent les ruines du temple de Jupiter; mais sous ces ombrages sombres, si dlicieux dans ce climat, mme aujourd'hui, le voyageur regarde avec inquitude au fond de la fort; il a peur des brigands. Arriv au sommet du Monte Cavi, on allume du feu dans les ruines du temple pour prparer les aliments. De ce point, qui domine toute la campagne de Rome, on aperoit, au couchant, la mer, qui semble deux pas, quoique trois ou quatre lieues; on distingue les moindres bateaux; avec la plus faible lunette, on compte les hommes qui passent Naples sur le bateau vapeur. De tous les autres cts, la vue s'tend sur une plaine magnifique qui se termine, au levant, par l'Apennin, au-dessus de Palestrine, et, au nord, par Saint-Pierre et les autres grands difices de Rome. Le Monte Cavi n'tant pas trop lev, l'oeil distingue les moindres dtails de ce pays sublime qui pourrait se passer d'illustration historique, et cependant chaque bouquet de bois, chaque pan de mur en ruine, aperu dans la plaine ou sur les pentes de la montagne, rappelle une de ces batailles si admirables par le patriotisme et la bravoure que raconte Tite-Live.

Encore de nos jours l'on peut suivre, pour arriver aux blocs normes, restes du temple de Jupiter Fretrien, et qui servent de mur au jardin des moines noirs, la route triomphale parcourue jadis par les premiers rois de Rome. Elle est pave de pierres tailles fort rgulirement; et, au milieu de la fort de la Faggiola, on en trouve de longs fragments.

Au bord du cratre teint qui, rempli maintenant d'une eau limpide, est devenu le joli lac d'Albano de cinq six milles de tour, si profondment encaiss dans le rocher de lave, tait situe Albe, la mre de Rome, et que la politique romaine dtruisit ds le temps des premiers rois. Toutefois ses ruines existent encore. Quelques sicles plus tard, un quart de lieue d'Albe, sur le versant de la montagne qui regarde la mer, s'est leve Albano, la ville moderne; mais elle est spare du lac par un rideau de rochers qui cachent le lac la ville et la ville au lac. Lorsqu'on l'aperoit de la plaine, ses difices blancs se dtachent sur la verdure noire et profonde de la fort si chre aux brigands et si souvent nomme, qui couronne de toutes parts la montagne volcanique.

Albano, qui compte aujourd'hui cinq ou six mille habitants, n'en avait pas trois mille en 1540, lorsque florissait, dans les premiers rangs de la noblesse, la puissante famille Campireali, dont nous allons raconter les malheurs.

Je traduis cette histoire de deux manuscrits volumineux, l'un romain, et l'autre de Florence. A mon grand pril, j'ai os reproduire leur style, qui est presque celui de nos vieilles lgendes. Le style si fin et si mesur de l'poque actuelle et t, ce me semble, trop peu d'accord avec les actions racontes et surtout avec les rflexions des auteurs. Ils crivaient vers l'an 1598. Je sollicite l'indulgence du lecteur et pour eux et pour moi.


II


Aprs avoir crit tant d'histoires tragiques, dit l'auteur du manuscrit florentin, je finirai par celle de toutes qui me fait le plus de peine raconter. Je vais parler de cette fameuse abbesse du couvent de la Visitation Castro, Hlne de Campireali, dont le procs et la mort donnrent tant parler la haute socit de Rome et de l'Italie. Dj, vers 1555, les brigands rgnaient dans les environs de Rome, les magistrats taient vendus aux familles puissantes. En l'anne 1572, qui fut celle du procs, Grgoire XIII, Buoncompagni, monta sur le trne de saint Pierre. Ce saint pontife runissait toutes les vertus apostoliques; mais on a pu reprocher quelque faiblesse son gouvernement civil; il ne sut ni choisir des juges honntes, ni rprimer les brigands; il s'affligeait des crimes et ne savait pas les punir. Il lui semblait qu'en infligeant la peine de mort il prenait 'sur lui une responsabilit terrible. Le rsultat de cette manire de voir fut de peupler d'un nombre presque infini de brigands les routes qui conduisent la ville ternelle. Pour voyager avec quelque sret, il fallait tre ami des brigands. La fort de la Faggiola, cheval sur la route de Naples par Albano, tait depuis longtemps le quartier gnral d'un gouvernement ennemi de celui de Sa Saintet, et plusieurs fois Rome fut oblige de traiter, comme de puissance puissance, avec Marco Sciarra, l'un des rois de la fort. Ce qui faisait la force de ces brigands, c'est qu'ils taient aims des paysans leurs voisins.

"Cette jolie ville d'Albano', si voisine du quartier gnral des brigands, vit natre, en 1542, Hlne de Campireali. Son pre passait pour le patricien le plus riche du pays, et, en cette qualit. il avait pous Victoire Carafa, qui possdait de grandes terres dans le royaume de Naples. Je pourrais citer quelques vieillards qui vivent encore, et ont fort bien connu Victoire Carafa et sa fille. Victoire fut un modle de prudence et d'esprit: mais, malgr tout son gnie, elle ne put prvenir la ruine de sa famille Chose singulire! les malheurs affreux qui vont former le triste sujet de mon rcit ne peuvent, ce me semble, tre attribus, en particulier, aucun des acteurs que je vais prsenter au lecteur: je vois des malheureux, mais, en vrit, je ne puis trouver des coupables. L'extrme beaut et l'me si tendre de la jeune Hlne taient deux grands prils pour elle, et font l'excuse de Jules Branciforte, son amant, tout comme le manque absolu d'esprit de monsignor Cittadini, vque de Castro, peut aussi l'excuser jusqu' un certain point. Il avait d son avancement rapide dans la carrire des honneurs ecclsiastiques l'honntet de sa conduite, et surtout la mine la plus noble et la figure la plus rgulirement belle que l'on pt rencontrer. Je trouve crit de lui qu'on ne pouvait le voir sans l'aimer.

"Comme je ne veux flatter personne, je ne dissimulerai point qu'un saint moine du couvent de Monte Cavi, qui souvent avait t surpris, dans sa cellule, lev plusieurs pieds au-dessus du sol, comme saint Paul, sans que rien autre que la grce divine pt le soutenir dans cette position extraordinaire*, avait prdit au seigneur de Campireali que sa famille s'teindrait avec lui, et qu'il n'aurait que deux enfants, qui tous deux Priraient de mort violente. Ce fut cause de cette prdiction qu'il ne put trouver se marier dans le pays et qu'il alla chercher fortune Naples, o il eut le bonheur de trouver de grands biens et une femme capable, par son gnie de changer sa mauvaise destine, si toutefois une telle chose et t possible. Ce seigneur de Campireali passait pour fort honnte homme et faisait de grandes charits; mais il n'avait nul esprit, ce qui fit que peu peu il se retira du sjour de Rome, et finit par passer presque toute l'anne dans son palais d'Albano. Il s'adonnait la culture de ses terres situes dans cette plaine si riche qui s'tend entre l ville et la mer. Par les conseils de sa femme, il fit donner l'ducation la plus magnifique son fils Fabio, jeune homme trs fier de sa naissance, et sa fille Hlne, qui fut un miracle de beaut, ainsi qu'on peut le voir encore par son portrait, qui existe dans la collection Farnse. Depuis que j'ai commenc crire son histoire, je suis all au palais Farnse pour considrer l'enveloppe mortelle que le ciel avait donne cette femme, dont la fatale destine fit tant de bruit de son temps, et occupe mme encore la mmoire des hommes. La forme de la tte est un ovale allong, le front est trs grand, les cheveux sont d'un blond fonc. L'air de sa physionomie est plutt gai; elle avait de grands yeux d'une expression profonde, et des sourcils chtains formant un arc parfaitement dessin. Les lvres sont fort minces, et l'on dirait que les contours de la bouche ont t dessins par le fameux peintre Corrge. Considre au milieu des portraits qui l'entourent la galerie Farnse, elle a l'air d'une reine. Il est bien rare que l'air gai soit joint la majest.
* Encore aujourd'hui, cette position singulire est regarde, par le peuple de la campagne de Rome, comme un signe certain de saintet. Vers l'an 1826, un moine d'Albano fut aperu plusieurs fois soulev de terre par la grce divine. On lui attribua de nombreux miracles; on accourait de vingt lieues la ronde pour recevoir sa bndiction; des femmes, appartenant aux premires classes de la socit, l'avaient vu se tenant dans sa cellule, trois pieds de terre. Tout coup, il disparut.

"Aprs avoir pass huit annes entires, comme pensionnaire au couvent de la Visitation de la ville de Castro, maintenant dtruite, o l'on envoyait, dans ce temps-l, les filles de la plupart des princes romains, Hlne revint dans sa patrie, mais ne quitta point le couvent sans faire offrande d'un calice magnifique au grand autel de l'glise. A peine de retour dans Albano, son pre fit venir de Rome moyennant une pension considrable, le clbre pote Cechino, alors fort g; il orna la mmoire d'Hlne des plus beaux vers du divin Virgile, de Ptrarque, de l'Arioste et du Dante, ses fameux lves."

Ici le traducteur est oblig de passer une longue dissertation sur les diverses parts de gloire que le seizime sicle faisait ces grands potes. Il paratrait qu'Hlne savait le latin. Les vers qu'on lui faisait apprendre parlaient d'amour, et d'un amour qui nous semblerait bien ridicule, si nous le rencontrions en 1839; je veux dire l'amour passionn qui se nourrit de grands sacrifices, ne peut subsister qu'environn de mystre, et se trouve toujours voisin des plus affreux malheurs.

Tel tait l'amour que sut inspirer Hlne, peine ge de dix-sept ans, Jules Branciforte. C'tait un de ses voisins, fort pauvre; il habitait une chtive maison btie dans la montagne, un quart de lieue de la ville, au milieu des ruines d'Albe et sur les bords du prcipice de cent cinquante pieds, tapiss de verdure, qui entoure le lac. Cette maison, qui touchait aux sombres et magnifiques ombrages de la fort de la Faggiola, a depuis t dmolie, lorsqu'on a bti le couvent de Palazzuola. Ce pauvre jeune homme n'avait pour lui que son air vif et leste, et l'insouciance non joue avec laquelle il supportait sa mauvaise fortune. Tout ce que l'on pouvait dire de mieux en sa faveur, c'est que sa figure tait expressive sans tre belle. Mais il passait pour avoir bravement combattu sous les ordres du prince Colonna et parmi ses bravi, dans deux ou trois entreprises fort dangereuses. Malgr sa pauvret, malgr l'absence de beaut, il n'en possdait pas moins, aux yeux de toutes les jeunes filles d'Albano, le coeur qu'il et t le plus flatteur de conqurir. Bien accueilli partout, Jules Branciforte n'avait eu que des amours faciles, jusqu'au moment o Hlne revint du couvent de Castro."Lorsque, peu aprs, le grand pote Cechino se transporta de Rome au palais Campireali, pour enseigner les belles lettres cette jeune fille, Jules, qui le connaissait, lui adressa une pice de vers latins sur le bonheur qu'avait sa vieillesse de voir de si beaux yeux s'attacher sur les siens, et une me si pure tre parfaitement heureuse quand il daignait approuver ses penses. La jalousie et le dpit des jeunes filles auxquelles Jules faisait attention avant le retour d'Hlne rendirent bientt inutiles toutes les prcautions qu'il employait pour cacher une passion naissante, et j'avouerai que cet amour entre un jeune homme de vingt-deux ans et une fille de dix-sept fut conduit d'abord d'une faon que la prudence ne saurait approuver. Trois mois ne s'taient pas couls lorsque le seigneur de Campireali s'aperut que Jules Branciforte passait trop souvent sous les fentres de son palais (que l'on voit encore vers le milieu de la grande rue qui monte vers le lac)."

La franchise et la rudesse, suites naturelles de la libert que souffrent les rpubliques, et l'habitude des passions franches, non encore rprimes par les moeurs de la monarchie, se montrent dcouvert dans la premire dmarche du seigneur de Campireali. Le jour mme o il fut choqu des frquentes apparitions du jeune Branciforte, il l'apostropha en ces termes:

- Comment oses-tu bien passer ainsi sans cesse devant ma maison, et lancer des regards impertinents sur les fentres de ma fille, toi qui n'as pas mme d'habits pour te couvrir? Si je ne craignais que ma dmarche ne ft mal interprte des voisins, je te donnerais trois sequins d'or et tu irais Rome acheter une tunique plus convenable. Au moins ma vue et celle de ma fille ne seraient plus si souvent offenses par l'aspect de tes haillons.

Le pre d'Hlne exagrait sans doute: les habits du jeune Branciforte n'taient point des haillons, ils taient faits avec des matriaux fort simples; mais, quoique fort propres et souvent brosss, il faut avouer que leur aspect annonait un long usage. Jules eut l'me si profondment navre par les reproches du seigneur de Campireali, qu'il ne parut plus de Jour devant sa maison.

Comme nous l'avons dit, les deux arcades, dbris d'un aqueduc antique, qui servaient de murs principaux la maison btie par le pre de Branciforte, et par lui laisse son fils, n'taient qu' cinq ou six cents pas d'Albano. Pour descendre de ce lieu lev la ville moderne, Jules tait oblig de passer devant le palais Campireali; Hlne remarqua bientt l'absence de ce jeune homme singulier, qui, au dire de ses amies, avait abandonn toute autre relation pour se consacrer en entier au bonheur qu'il semblait trouver la regarder.

Un soir d't, vers minuit, la fentre d'Hlne tait ouverte, la jeune fille respirait la brise de mer qui se fait fort bien sentir sur la colline d'Albano, quoique cette ville soit spare de la mer par une plaine de trois lieues. La nuit tait sombre le silence profond; on et entendu tomber une feuille. Hlne, appuye sur sa fentre, pensait peut-tre Jules, lorsqu'elle entrevit quelque chose comme l'aile silencieuse d'un oiseau de nuit qui passait doucement tout contre sa fentre. Elle se retira effraye. L'ide ne lui vint point que cet objet pt tre prsent par quelque passant: le second tage du palais o se trouvait sa fentre tait plus de cinquante pieds de terre. Tout coup, elle crut reconnatre un bouquet dans cette chose singulire qui, au milieu d'un profond silence, passait et repassait devant la fentre sur laquelle elle tait appuye; son coeur battit avec violence. Ce bouquet lui sembla fix l'extrmit de deux ou trois de ces cannes, espce de grands joncs, assez semblables au bambou, qui croissent dans la campagne de Rome, et donnent des tiges de vingt trente pieds. La faiblesse des cannes et la brise assez forte faisaient que Jules avait quelque difficult maintenir son bouquet exactement vis--vis la fentre o il supposait qu'Hlne pouvait se trouver, et d'ailleurs, la nuit tait tellement sombre, que de la rue l'on ne pouvait rien apercevoir une telle hauteur. Immobile devant sa fentre, Hlne tait profondment agite. Prendre ce bouquet, n'tait-ce pas un aveu? Elle n'prouvait d'ailleurs aucun des sentiments qu'une aventure de ce genre ferait natre, de nos jours, chez une jeune fille de la haute socit, prpare la vie par une belle ducation. Comme son pre et son frre Fabio taient dans la maison sa premire pense fut que le moindre bruit serait suivi d'un coup d'arquebuse dirig sur Jules, elle eut piti du danger que courait ce pauvre jeune homme. Sa seconde pense fut que, quoiqu'elle le connt encore bien peu, il tait pourtant l'tre au monde qu'elle aimait le mieux aprs sa famille. Enfin, aprs quelques minutes d'hsitation, elle prit le bouquet et, en touchant les fleurs dans l'obscurit profonde, elle sentit qu'un billet tait attach la tige d'une fleur; elle courut sur le grand escalier pour lire ce billet la lueur de la lampe qui veillait devant l'image de la Madone."Imprudente! se dit-elle lorsque les premires lignes l'eurent fait rougir de bonheur, si l'on me voit, je suis perdue, et ma famille perscutera jamais ce pauvre jeune homme."Elle revint dans sa chambre et alluma sa lampe. Ce moment fut dlicieux pour Jules, qui honteux de sa dmarche et comme pour se cacher mme dans la profonde nuit, s'tait coll au tronc norme d'un de ces chnes verts aux formes bizarres qui existent encore aujourd'hui vis--vis le palais Campireali.

Dans sa lettre, Jules racontait avec la plus parfaite simplicit la rprimande humiliante qui lui avait t adresse par le pre d'Hlne."Je suis pauvre, il est vrai, continuait-il, et vous vous figureriez difficilement tout l'excs de ma pauvret. Je n'ai que ma maison que vous avez peut-tre remarque sous les ruines de l'aqueduc d'Albe; autour de la maison se trouve un jardin que je cultive moi-mme, et dont les herbes me nourrissent. Je possde encore une vigne qui est afferme trente cus par an. Je ne sais, en vrit, pourquoi je vous aime; certainement je ne puis vous proposer de venir partager ma misre. Et cependant, si vous ne m'aimez point, la vie n'a plus aucun prix pour moi; il est inutile de vous dire que je la donnerais mille fois pour vous. Et cependant, avant votre retour du couvent, cette vie n'tait point infortune: au contraire, elle tait remplie des rveries les plus brillantes. Ainsi je puis dire que la vue du bonheur m'a rendu malheureux. Certes, alors personne au monde n'et os m'adresser les propos dont votre pre m'a fltri; mon poignard m'et fait prompte justice. Alors, avec mon courage et mes armes, je m'estimais l'gal de tout le monde; rien ne me manquait. Maintenant tout est bien chang: je connais la crainte. C'est trop crire; peut-tre me mprisez-vous. Si, au contraire, vous avez quelque piti de moi, malgr les pauvres habits qui me couvrent, vous remarquerez que tous les soirs, lorsque minuit sonne au couvent des Capucins au sommet de la colline, je suis cach sous le grand chne, vis--vis la fentre que je regarde sans cesse, parce que je suppose qu'elle est celle de votre chambre. Si vous ne me mprisez pas comme le fait votre pre, jetez-moi une des fleurs du bouquet, mais prenez garde qu'elle ne soit entrane sur une des corniches ou sur un des balcons de votre palais."

Cette lettre fut lue plusieurs fois; peu peu les yeux d'Hlne se remplirent de larmes; elle considrait avec attendrissement ce magnifique bouquet dont les fleurs taient lies avec un fil de soie trs fort. Elle essaya d'arracher une fleur mais ne put en venir bout, puis elle fut saisie d'un remords. Parmi les jeunes filles de Rome, arracher une fleur, mutiler d'une faon quelconque un bouquet donn par l'amour, c'est s'exposer faire mourir cet amour. Elle craignait que Jules ne s'impatientt, elle courut sa fentre; mais, en y arrivant, elle songea tout coup qu'elle tait trop bien vue, la lampe remplissait la chambre de lumire. Hlne ne savait plus quel signe elle pouvait se permettre; il lui semblait qu'il n'en tait aucun qui ne dit beaucoup trop.

Honteuse, elle rentra dans sa chambre en courant. Mais le temps se passait, tout coup il lui vint une ide qui la jeta dans un trouble inexprimable: Jules allait croire que, comme son pre, elle mprisait sa pauvret! Elle vit un petit chantillon de marbre prcieux dpos sur la table, elle le noua dans son mouchoir, et jeta ce mouchoir au pied du chne vis--vis sa fentre. Ensuite, elle fit signe qu'on s'loignt; elle entendit Jules lui obir; car, en s'en allant, il ne cherchait plus drober le bruit de ses pas. Quand il eut atteint le sommet de la ceinture de rochers qui spare le lac des dernires maisons d'Albano, elle l'entendit chanter des paroles d'amour elle lui fit des signes d'adieu, cette fois moins timides, puis se mit relire sa lettre.

Le lendemain et les jours suivants, il y eut des lettres et des entrevues semblables; mais, comme tout se remarque dans un village italien, et qu'Hlne tait de bien loin le parti le plus riche du pays, le seigneur de Campireali fut averti que tous les soirs, aprs minuit, on apercevait de la lumire dans la chambre de sa fille; et, chose bien autrement extraordinaire, la fentre tait ouverte, et mme Hlne s'y tenait comme si elle n'et prouv aucune crainte des zinzare (sorte de cousins, extrmement incommodes et qui gtent fort les belles soires de la campagne de Rome. Ici je dois de nouveau solliciter l'indulgence du lecteur. Lorsque l'on est tent de connatre les usages des pays trangers, il faut s'attendre des ides bien saugrenues, bien diffrentes des ntres). Le seigneur de Campireali prpara son arquebuse et celle de son fils. Le soir, comme onze heures trois quarts sonnaient, il avertit Fabio, et tous les deux se glissrent, en faisant le moins de bruit possible, sur un grand balcon de pierre qui se trouvait au premier tage du palais, prcisment sous la fentre d'Hlne. Les piliers massifs de la balustrade en pierre les mettaient couvert jusqu' la ceinture des coups d'arquebuse qu'on pourrait leur tirer du dehors. Minuit sonna; le pre et le fils entendirent bien quelque petit bruit sous les arbres qui bordaient la rue vis--vis leur palais; mais, ce qui les remplit d'tonnement, il ne parut pas de lumire la fentre d'Hlne. Cette fille, si simple jusqu'ici et qui semblait un enfant la vivacit de ses mouvements, avait chang de caractre depuis qu'elle aimait. Elle savait que la moindre imprudence compromettrait la vie de son amant; si un seigneur de l'importance de son pre tuait un pauvre homme tel que Jules Branciforte, il en serait quitte pour disparatre pendant trois mois, qu'il irait passer Naples; pendant ce temps, ses amis de Rome arrangeraient l'affaire, et tout se terminerait par l'offrande d'une lampe d'argent de quelques centaines d'cus l'autel de la Madone alors la mode. Le matin, au djeuner, Hlne avait vu la physionomie de son pre qu'il avait un grand sujet de colre, et, l'air dont il la regardait quand il croyait n'tre pas remarqu, elle pensa qu'elle entrait pour beaucoup dans cette colre. Aussitt, elle alla jeter un peu de poussire sur les bois des cinq arquebuses magnifiques que son pre tenait suspendues auprs de son lit. Elle couvrit galement d'une lgre couche de poussire ses poignards et ses pes. Toute la journe elle fut d'une gaiet folle, elle parcourait sans cesse la maison du haut en bas; chaque instant, elle s'approchait des fentres, bien rsolue de faire Jules un signe ngatif, si elle avait le bonheur de l'apercevoir. Mais elle n'avait garde: le pauvre garon avait t si profondment humili par l'apostrophe du riche seigneur de Campireali, que de jour il ne paraissait jamais dans Albano; le devoir seul l'y amenait le dimanche pour la messe de la paroisse. La mre d'Hlne, qui l'adorait et ne savait rien lui refuser, sortit trois fois avec elle ce jour-l, mais ce fut en vain: Hlne n'aperut point Jules. Elle tait au dsespoir. Que devint-elle lorsque, allant visiter sur le soir les armes de son pre, elle vit que deux arquebuses avaient t charges, et que presque tous les poignards et pes avaient t manis! Elle ne fut distraite de sa mortelle inquitude que par l'extrme attention qu'elle donnait au soin de paratre ne se douter de rien. En se retirant dix heures du soir, elle ferma clef la porte de sa chambre, qui donnait dans l'antichambre de sa mre, puis elle se tint colle sa fentre et couche sur le sol, de faon ne pouvoir pas tre aperue du dehors. Qu'on juge de l'anxit avec laquelle elle entendit sonner les heures; il n'tait plus question des reproches qu'elle se faisait souvent sur la rapidit avec laquelle elle s'tait attache Jules. ce qui pouvait la rendre moins digne d'amour ses yeux. Cette journe-l avana plus les affaires du jeune homme que six mois de constance et de protestations."A quoi bon mentir? se disait Hlne. Est-ce que je ne l'aime pas de toute mon me?"

A onze heures et demie, elle vit fort bien son pre et son frre se placer en embuscade sur le grand balcon de pierre au-dessous de sa fentre. Deux minutes aprs que minuit eut sonn au couvent des Capucins, elle entendit fort bien aussi le pas de son amant, qui s'arrta sous le grand chne; elle remarqua avec joie que son pre et son frre semblaient n'avoir rien entendu: il fallait l'anxit de l'amour pour distinguer un bruit aussi lger.

"Maintenant, se dit-elle, ils vont me tuer, mais il faut tout prix qu'ils ne surprennent pas la lettre de ce soir; ils perscuteraient jamais ce pauvre Jules."Elle fit un signe de croix et, se retenant d'une main au balcon de fer de sa fentre, elle se pencha au-dehors, s'avanant autant que possible dans la rue. Un quart de minute ne s'tait pas coul lorsque le bouquet, attach comme de coutume la longue canne, vint frapper sur son bras. Elle saisit le bouquet; mais, en l'arrachant vivement la canne sur l'extrmit de laquelle il tait fix, elle fit frapper cette canne contre le balcon en pierre. A l'instant partirent deux coups d'arquebuse suivis d'un silence parfait. Son frre Fabio, ne sachant pas trop, dans l'obscurit, si ce qui frappait violemment le balcon n'tait pas une corde l'aide de laquelle Jules descendait de chez sa soeur, avait fait feu sur le balcon; le lendemain, elle trouva la marque de la balle, qui s'tait aplatie sur le fer. Le seigneur de Campireali avait tir dans la rue, au bas du balcon de pierre, car Jules avait fait quelque bruit en retenant la canne prte tomber. Jules, de son ct, entendant du bruit au-dessus de sa tte, avait devin ce qui allait suivre et s'tait mis l'abri sous la saillie du balcon.

Fabio rechargea rapidement son arquebuse, et, quoi que son pre pt lui dire, courut au jardin de la maison, ouvrit sans bruit une petite porte qui donnait sur une rue voisine, et ensuite s'en vint, pas de loup, examiner un peu les gens qui se promenaient sous le balcon du palais. A ce moment, Jules, qui ce soir-l tait bien accompagn, se trouvait vingt pas de lui, coll contre un arbre. Hlne, penche sur son balcon et tremblante pour son amant, entama aussitt une conversation trs-haute voix avec son frre, qu'elle entendait dans la rue; elle lui demanda s'il avait tu les voleurs.

- Ne croyez pas que je sois dupe de votre ruse sclrate! lui cria celui-ci de la rue, qu'il arpentait en tous sens, mais prparez vos larmes, je vais tuer l'insolent qui ose s'attaquer votre fentre.

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